From dusk till dawn.

Voilà, c’est le départ. Sous l’œil rassurant d’une lune charnue, le chargement du véhicule a commencé dès 5h ce matin. Plus de 170 kg de matériel serrés contre la génératrice, les bidons d’essence, les vivres et les essentiels bidons d’eau bien sur, les Culligans dans lesquels ce soir déjà nous avons installé notre système de filtration maison.

Le pick-up chargé de 5 membres de l’équipe démarre dans les rues de Port-au-Prince qui lentement s’éveillent. Nous croisons la Madame pressée, proprette dans son uniforme de femme de ménage ainsi que les marchands de plantain qui attendent auprès de leur lourd chargement que leur transport arrive pour les mener au marché. Et un improbable sportif, un expatrié sans doute, qui s’aventure sans lumière – littéralement – en VTT dans les rues de la capitale ou la circulation est heureusement encore calme (et donc relativement sécuritaire…).

« Carrefour », une commune à la périphérie de la capitale, vibre déjà d’une activité étonnante. Les klaxons des camions alourdis, des tap-taps chargés et des motos pressées déchirent l’air matinal tandis que leurs roues fatiguées prennent un bain inopiné dans le lac qui s’est spontanément formé pendant la nuit dans le rein creux de la rue. Ici, point de bonne odeur de terre mouillée après la pluie. Nous attendrons d’être à Formon pour déboucher nos narines.

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Nous embarquons en chemin le chauffeur qui ramène notre carrosse ce soir. Pas rassuré le bonhomme. Parce qu’après la belle route qui nous mène de Port-au-Prince aux Cayes en à peine 3h, il reste quand même 3 heures supplémentaires de piste étroite, aux tournants aigus et au revêtement caillouteux à souhait. La pâleur de notre chauffeur s’accroit à mesure que les grosses roches percutent et roulent bruyamment sous le bas de caisse.

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Pouchon, c’est son nom, essaie de se rassurer auprès du garde forestier que nous avons embarqué en lisière du Parc. « A la descente, dites-moi, c’est aussi compliqué ? » grimace-t-il. C’est sur que c’est une conduite plus risquée que celle qui consiste à simplement éviter les « gendarmes couchés », ces dos d’âne qui fleurissent spontanément sur la chaussée, et sont censés ralentir le trafic à l’abord des villages. « Olivier, c’est lui l’Haïtien » décrète-t-il, impressionné par sa maîtrise du véhicule.

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Cinq dans la cabine, 3 assis sur le tas de sacs à l’arrière, cahin-caha nous montons à travers dolines et forêts de pierres, paysage karstique de rêve pour les spéléologues aux aguets. En chemin nous croisons des femmes traditionnellement vêtues, fichu bleu sur la tête, robe blanche à volants, mais aussi des travailleurs, machette à la hanche et démarche décidée, et des enfants tout occupés à leur première corvée d’eau de la journée. Les sourires à notre encontre se multiplient en chemin, tout comme les regards ébahis devant ce spectacle, s’il n’est grotesque, à tout le moins surprenant, de Blancs au volant et assis à califourchon en arrière, et d’Haïtiens assis en dedans comme des dignitaires.

Les trois derniers membres de l’équipe que nous avons récupérés à l’aéroport hier, Matthieu, Pascal et Jeff, se régalent de ce trajet haut en couleurs, odeurs et soubresauts, oubliant leur fatigue de la veille et le décalage horreur. Alternance de conversations nourries et de longs silences contemplatifs à l’arrière du pick up avec Marie Pierre que nous avons récupérée aux Cayes. C’est grâce à elle, sa connaissance de la région et de la langue créole haïtienne ainsi que son sourire communicatif que nous pouvons débuter l’expédition en toute sérénité.

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Notre arrivée à Formon fait l’objet de vives négociations pour le transport des sacs, qui est ici un « sport » égalitaire : qui sera le chanceux ou la chanceuse qui pourra porter ce sac vert de 30 kgs, ou la génératrice (15kg sur le crâne juste comme ça, oui Monsieur) voire 2 ou 3 sacs en même temps, allez, pourquoi pas ! Plus que 20mn de marche dans la verdure de notre voisinage que nous découvrons avec plaisir, sur des sentiers terre de sienne dans ce décor tropical piqueté de fleurs blanches et rouges. Enfin ! nos bagages sont posés.

C’est ici chez nous !

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L’installation peut commencer… je vous dirai juste pour l’instant qu’elle a impliqué pas mal de mamba, de zabocas et de ce liquide local divin qui nous réchauffe le corps et le cœur : le rhum haïtien. Pendaison de crémaillère haïtienne!

Stéphanie Jagou

2 réflexions au sujet de « From dusk till dawn. »

  1. denis luc

    merci de ce récit ou l’on peut vous suivre j’adore le style et les photos
    Haiti c’est une partie de ma famille frère, belle mère, cousin,cousines …ect
    c’est des souvenirs des années 1981-2-3 et après suivi indirect
    la spéléo je découvre ce we en Belgique en vue de plongées dans les grottes , mines ..ect

    merci de continuer à me faire rêver

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