Jour de pluie

Au Canada, on appellerait ça un « snow day ». Symbolique journée de tempête de neige quand les routes sont tellement encombrées par ces centimètres de poudreuse accumulée que les écoles ferment.  Un « snow day », c’est un jour de plaisir dans l’or blanc, un jour de glissades, de ski, et de batailles de boules de neige. Une journée marquée par les rires, les bottes trempées jetées dans l’entrée et les doigts rougis par le froid que l’on réchauffe autour d’une tasse de chocolat chaud.

Dans notre aventure au Parc Macaya, un jour de pluie tropicale commence presque comme un « snow day ». Entendre le cliquetis régulier des gouttes qui atterrissent sur le toit de tôle de la maison ou qui glissent sur la toile de tente provoque une certaine euphorie, car on sait que l’on a gagné quelques minutes de rab’ de sommeil. Ce matin, le lever sera plutôt à 7h qu’à 6h00, chouette ! Voire, qui sait, on pourra prendre le temps de discuter et plaisanter tranquillement autour d’un café haïtien bien sucré en écoutant ces bruits du quotidien qui deviennent familiers.

La pluie qui coule du toit de notre maison à Macaya

La pluie qui coule du toit de notre maison à Macaya

C’est vrai que la pluie et l’exploration de grottes ne font en général pas bon ménage. Si on veut rester en sécurité dans les gouffres, a fortiori inconnus, on évite les jours de pluie tropicale.  Et puis, les chemins étroits de glaise rouge que nous empruntons au quotidien deviennent vite de terribles patinoires, qui promettent un atterrissage désagréable sur un lapiaz acéré!

Ce dimanche a donc été l’occasion d’une grasse mat’ pénarde pour ceux d’entre nous qui avaient pris un jour de repos. Rien dans ce ciel tristoune matinal et ces quelques gouttes de pluie ne laissait présager la tempête qui s’est ensuite déchainée.  Sous ces tropiques où l’on nous imagine suants, écrasés de chaleur, on nous sert pourtant une soupe chaude. Car quand la pluie ne discontinue pas dans la forêt nébuleuse, à quelques 900 mètres d’altitude, on a froid aux pieds. Alors on rajoute un pull et on stocke quelques calories supplémentaires pour se réchauffer. A 15h, c’est goûter de bananes écrasées au mamba*! Miam miam !!!

Mais quand la pluie bat tellement fort la tôle que le vacarme arrête d’autorité toute discussion ; que sous la tempête qui se déchaîne on découvre de nouveaux trous au toit de tôle,  nous forçant à déplacer plusieurs fois notre table dans la salle à manger pour éviter que les gouttes détrempent livres et ordinateurs, et que le ciel tourne au noir dès le début de l’après-midi, on se sent tout à coup plus proches de nos ancêtres qui croyaient que le ciel allaient leur tomber sur la tête. Les éclairs qui zèbrent le ciel et la foudre que l’on sent tomber tout proche ne sont pas rassurants.

Les rues sont moins fréquentées sous la pluie à Macaya

Les rues sont moins fréquentées sous la pluie à Macaya

Nous, les aventuriers qui poursuivons à longueur de journée l’eau pour découvrir son passage dans les profondeurs de la terre, nous cherchons maintenant à nous en protéger par tous les moyens. Nous voilà fermant portes et fenêtres pour éviter l’entrée intempestive de l’eau qui s’engouffre par vagues dans notre abri, portée par un vent rageur.

Pluie à Macaya en Haïti from Olivier Testa on Vimeo.

Pour notre bailleur, notre cuisinière (et moi-même…) une certaine angoisse croit à mesure que le jour avance. Le reste de l’équipe n’arrive toujours pas. Nous les imaginons trempés de la tête aux pieds, harassés de fatigue avec un programme pour la journée de quelques 30km de marche. Explorateurs chargés de tout leur matériel, avec en guise de provision, un avocat et quelques morceaux de pain. Selon les spéléos avertis, nous n’aurions du nous inquiéter qu’à partir du lendemain matin…

Il pleut il pleut bergère....

Il pleut il pleut bergère….

N’empêche, quand enfin ils sont là, vers 21h, c’est bien soulagés que nous accueillons ces courageux sur lesquels plus un seul centimètre de peau n’est sec. Nous allons vite devoir apprendre à composer avec cet élément naturel. La pluie ne discontinuera pas pendant 2 jours complets.

Stéphanie Jagou

(*succulent et indispensable beurre de cacahuètes haïtien pimenté)

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