Archives mensuelles : avril 2014

L’abécédaire Anba Macaya – 5ème chapitre: Quelques mignonnes difficultés

A son retour l’équipe à suivi l’excellente idée de Marie-Pierre, celle de faire un abécédaire.
Nous vous proposons donc en quelques lettres, dans le désordre, de vous faire revivre avec nous cette extraordinaire expérience au coeur de la forêt haïtienne du Parc National Macaya.

 

Aïe ! Ouille ! Ces doux petits cris ponctuaient régulièrement nos marches d’approche.

U comme Urticant

On ne touche pas!

On ne touche pas!

Tout indiquait sur certains végétaux leur propriété urticante, alors que d’autres, plus vicieux, attendaient un peu pour se déclarer sur nos pauvres peaux déjà maltraitées.  De sorte qu’il n’a pas toujours été possible pour nous d’identifier clairement leur antipathie à notre égard, et éviter de futures désagréables rencontres.

C’est ainsi que l’on avons tous été victime plusieurs fois de ces ennemis invisibles, et avons passé ensuite nos belles soirées « à se gratter la peau, à se gratter la chair, à se gratter jusqu’à l’os », comme l’écrivait Cendrars.

 

Mais ce n’est pas fini… car arrive le

X comme Xiphoïde

Marie-Pierre bartasse

Marie-Pierre bartasse

Xiphoïde désigne en botanique les appendices en forme de glaive… alors nous profitons du X pour revenir sur cette végétation dense qu’il a fallu attaquer à grands coups de machette pour pouvoir s’approcher des cavités.

Il faut dire que nous étions soulagés le jour où nous nous sommes occupés de cette tâche nous-mêmes, car souvent les Haïtiens, en nous débroussaillant le terrain, nous laissaient sur les rebords glissants des puits, des petits troncs d’arbuste bien aiguisés, bien pointus, bien parfaits pour se les planter dans le c…

et puis, nos petites misères, même en incluant des chevilles foulées, n’auraient pas été complètes sans cette phase devenue fétiche:

 

Y comme « Y a pas un ‘y’ dans Amoxiciline ? »

Olivier, qui a avoué « se sentir bien » dans cette étroiture, quand bien même il s'agissait de la ravine collectrice des eaux grises du village. Tournée d'amoxiciline pour tous à la sortie !

Olivier, qui a avoué « se sentir bien » dans cette étroiture, quand bien même il s’agissait de la ravine collectrice des eaux grises du village. Tournée d’amoxiciline pour tous à la sortie !

 

 

Un grand merci aux antibiotiques à large spectre qui en ont tiré d’affaire quelques-uns de l’équipe alors que leur mollet suintait et qu’ils continuaient de prospecter dans des rivières souterraines qui assuraient le drainage des eaux grises des habitations en amont !

Hein Pascal ?

 

 

 

 

Vous me croyez si je vous dis qu’il s’en trouve pour aimer ce genre d’aventure et de vouloir s’y lancer? Même les plus jeunes s’y mettent. On vous les présente la semaine prochaine.

L’abécédaire d’Anba Macaya – 4ème chapitre: la rando version 4×4

A son retour l’équipe à suivi l’excellente idée de Marie-Pierre, celle de faire un abécédaire.

Nous vous proposons donc en quelques lettres, dans le désordre, de vous faire revivre avec nous cette extraordinaire expérience au coeur de la forêt haïtienne du Parc National Macaya.

Sans être organisées militairement (vraiment pas!), nos journées commençaient tout de même avec ce doux commandement :

L comme « Lève-toi et marche » 

Les longues randonnées à Anba Macaya

Les longues randonnées à Anba Macaya

Ou la petite voix du matin de bonne heure. Une expédition d’exploration spéléologique, c’est beaucoup de temps passé à randonner, à crapahuter dans les mornes (les montagnes), à faire des kilomètres sous un soleil de plomb ou une pluie tropicale, à suivre les Haïtiens quand ils prennent des lignes droites qui font totale abstraction du relief… bref, plus de 1 000km parcourus par l’équipe en 6 semaines.

 

De quoi avoir les pieds échauffés. Bien, bien chauds.

H comme Hot hot hot !

En Haïti, il y a, de vous à nous, un important souci de thermostat. Ajoutez à cela l’humidité et vous obtenez quelques difficultés d’adaptation même pour les plus valeureux marcheurs.

Il s’agit donc de boire beaucoup. Mais l’eau représente un poids supplémentaire non négligeable. Alors nous repérons très vite les sources et les arbres fruitiers qui nous réhydrateront sur le chemin.  En même temps, parfois « il pleuvait à boire debout » comme dirait la québécoise parmi nous…

P comme Pluie

« Qui a choisi les dates de l’expé ? » demandait Jeff dès lors que nous étions pris sous une averse torrentielle et marchions trempés. Haïti est un pays tropical avec une saison sèche de Janvier à Juin et une saison des pluies de Juillet à Décembre. Plus précisément, il s’agit d’une saison cyclonique, et en 2013, elle promettait d’être sévère selon le National Hurricane Center. Heureusement, le pays en a globalement été épargné. Mais la pluie a fait partie de notre quotidien, sans que cela nous bloque vraiment pour explorer.

Au contraire, cela nous a permis de voir des petites résurgences qui seraient restées cachées par temps sec, et nous a aidé à mieux comprendre le fonctionnement hydrologique du bassin.

La ravine Formon, d'habitude à sec, s'est transformée rapidement en torrent

La ravine Formon, d’habitude à sec, s’est transformée rapidement en torrent

Mais la pluie nous a parfois empêchés de dormir cependant. Lorsque Jeff nous réveillait à 2h du matin pour essayer de comprendre – en s’aidant de toute la matière grise que nous avions de disponible à cette heure-là -, pourquoi les gouttes de pluie sont-elles plus denses et plus grosses dans les pays tropicaux.

Une question s’imposait alors à nos yeux endormis: « Qui a choisi d’emmener Jeff ? »

 

Et évidemment nos randos, ce n’étaient pas des ‘promenades du dimanche’… c’était plein de

W comme Wòch

Du caillou en créole, du lapiaz bien aiguisé, ce que nous étions venu chercher.

woch

 

 

De la culture du maïs dans le lapiaz, des pans entiers concassés pour permettre l’agriculture, des trous bouchés à grand renfort de pierres et débris végétaux, ce n’est par contre pas exactement ce à quoi nous nous attendions à cette altitude et dans ce coin d’Haïti.

 

 

Ca vous a plu? vous en voulez encore? attention, la semaine prochaine ça se corse…

L’abécédaire d’Anba Macaya – 3ème chapitre: Des trous, des trous et encore des trous!

A son retour l’équipe à suivi l’excellente idée de Marie-Pierre, celle de faire un abécédaire.
Nous vous proposons donc en quelques lettres, dans le désordre, de vous faire revivre avec nous cette extraordinaire expérience au coeur de la forêt haïtienne du Parc National Macaya.

En 6 semaines, l’équipe a repéré une centaine de cavités, et en a suivi 95. Nous vous l’avions dit la semaine passée, malgré les nombreux loisirs à notre disposition dans le Parc (chapitre 2), nous n’avons pas chômé!

B comme Beaucoup (de trous)

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La plupart des gouffres sont bouchés et l’exploration s’est faite dans la journée.

Le plus profond, le Trou Zombi, est un gouffre de 95m de fond, les autres s’échelonnent entre 60 et 20 m de fond, et il y a d’innombrables petits trous de 15m. Nous avons tout de même parcouru quelques rivières souterraines, mais nous avons été arrêtés rapidement sur des siphons.

Le méga collecteur tant attendu, qui aurait débouché à la résurgence, est très certainement noyé. C’est en plongée que devra se faire l’exploration.

 

Nous avons aussi découvert de nouvelles unités de mesures… what the f..?

F comme Fond

 « Li fon ? » (Est-ce que c’est profond?) est LA question que l’on pose au guide avant qu’il nous emmène vers un puits. Invariablement, sa réponse sera : « Anpil ! ». (Beaucoup !)

Nous découvrons ainsi la relativité.

« Li fon » pouvait en effet aussi bien correspondre à un puits de 5m qu’à un puits de 65m. Au-dessus d’un trou dont on ne voyait pas vraiment le fond à cause de la densité de la végétation, l’un de nous jetait une roche et chronométrait la chute. Cette technique, les Haïtiens l’utilisaient déjà, et ils étaient parfois en mesure de nous donner ce temps.

A Grassya, un guide nous a promis un puits dans lequel les roches jetées chutent pendant 2 heures. Olivier a lancé une roche, qui a arrêté sa course au bout de 2 secondes. Il a regardé un peu perplexe le guide, qui lui a répondu avec aplomb : « 2 heures, je vous l’avais dit ».

 

Et puis, nous ne pouvions prévoir le C. Le C comme…

« Ça queute»

 caqueute

Le classique ! Poursuivre la progression dans une très grande majorité des puits explorés a malheureusement été impossible. Pour certains d’entre eux, le courant d’air était perceptible, mais les étroitures étaient réservées à de mignonnes souris.

 

Déçus, nous nous sommes jetés sur le

T comme Toboggan

canyon

Ou comment aborder le sujet brûlant des canyons, nos jolies découvertes de cette expédition spéléologique. Le plus chouette et le plus impressionnant est celui de la ravine Casse-Cou, qui n’avait probablement jamais été descendu, en raison d’un premier puits de 20 mètres. Topographié une première fois par Matthieu et Jeff une semaine après le début de l’expédition, l’ensemble de l’équipe le descendra un lendemain de crue 4 semaines plus tard, en emmenant avec eux un Haïtien et un Français qui travaillent tout deux pour le Parc Macaya.

Il y avait suffisamment d’eau pour profiter pleinement de ces structures naturelles tel le toboggan, le grand bain, le plongeoir et le jacuzzi. Un parcours très ludique !

Malgré les aléas des profondeurs relatives, et les attraits des formes féminines et fraiches du canyon, nous avons pourtant poursuivi inlassablement notre exploration. Et avons parcouru de bien nombreux kilomètres, qu’il vente ou neige  (enfin, presque…).

Allez hop, la semaine prochaine on vous emmène en montagne. Stay tuned!