Archives de l’auteur : Marie-Pierre Lalaude-Labayle

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Et une classe découverte de spéléologie, une !

Une expédition c’est avant tout un moment de partage. Sur le terrain, les membres de l’équipe ont transmis au quotidien leur passion pour les grottes, et ont organisé quelques séances d’entraînement à la remontée sur corde avec les enfants de Formont.

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Côté français, la classe de CM1 de l’école élémentaire internationale Robert Schumann, à Strasbourg, a suivi de près l’expédition Anba Macaya. Ils ont à travers le site internet, rencontré l’équipe, découvert la nature d’une expédition de spéléologie et se sont posés quantité de questions sur l’activité. Il leur fallait des réponses !
Stéphanie et Marie-Pierre les ont rencontrés à leur retour d’Haïti, durant toute une journée.

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Annabelle Rodrigues, leur enseignante, avait organisé et planifié les activités entre cycle de l’eau, expérimentations de la pression dans les tuyaux, et la spéléologie.SJ classe CM1 M

Les filles de l’expé se sont parfois épluchées la tête comme le lézard de Macaya pour trouver une réponse satisfaisante, se sont replongées dans leur sensation pour savoir si elles n’avaient pas eu « l’impression d’avoir la tête à l’envers quand elles étaient sous terre », et en ont profité pour montrer toutes les bestioles rencontrées dedans et en-dehors des grottes.

Les élèves ont suivi Anba Macaya en parallèle de leur découverte du cycle de l’eau. C’est à dire qu’ils ont travaillé sur les origines de notre eau du robinet, du devenir de nos eaux usées, et par suite, se sont demandés d’où venaient l’eau des sources et des grottes. Quelques illustrations de nos petits spéléologues en devenir.

Illustration CM1 5 MIllustration CM1 4 MIllustration CM1 2 MFace à leur intérêt grandissant pour l’activité et la découverte de ce milieu, leur enseignante a décidé d’aller plus loin. Ce qui a séduit Annabelle Rodrigues c’est la multiplicité des apports de la spéléologie à l’éveil de l’enfant. C’est une activité sportive peu connue, qui permet de partir à la découverte de nombreux volets scientifiques du programme. Surtout, l’expérience d’ « Être Ensemble »  est enrichissante dans le milieu souterrain. Et Jeff vous le dira mieux que personne : « Quand on part en expédition, en Haiti ou à Padirac, c’est bien d’être ensemble qui nous plaît le plus ».

Alors c’est parti pour une classe découverte spéléologie encadrée par José Mulot de la Fédération Française de Spéléologie ! Les enfants étaient bien évidement très emballés. Il s’agissait de convaincre aussi leurs parents: Jeff, Pascal et Mapi sont retournés à Strasbourg en Décembre pour participer à la soirée de présentation du projet.

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Les élèves avaient exposés leurs travaux sur l’eau et l’expédition, et Jeff avait glissé entre les panneaux de la classe, de nombreuses photos sur et sous terre (Jeff a encore frappé!).

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Résultat ? Les parents aussi auraient bien aimé partir en classe découverte ! 

Pour les faire patienter, Jeff a glissé quelques images de concrétions pour la classe. Et comme pour faire patienter les trois visiteurs avant leur prochaine expé en Haiti, les enfants leur ont remis des créations collées ambiance mer des Caraïbes.

Peu après la présentation, un élève est venu voir un des membres de l’équipe :
« Est-ce qu’il y aura des installations métalliques dans les grottes où l’on ira ? »
« Des installations métalliques ? Type escalier ? »
« Oui. »
« Non, normalement non. »
« Ah super, ce sera de la vraie spéléo alors ! »

Et puis, comme l’a précisé une des élèves de la classe de CM1, « l’école ce n’est pas que du français et des mathématiques, c’est aussi apprendre à vivre et à grandir. Alors c’est important que je puisse aller dans cette classe de découverte ».

Une très belle année à ces futurs spéléologues en marche ! En espérant qu’un membre de l’équipe puisse les accompagner, on attend de leurs nouvelles sur le terrain  !

Jeff ap frape ankò !* Comme dit Merassaint.

Jeff c’est le photographe ; sur le terrain, son appareil est un appendice greffé à sa main.

Jeff aime : le thé douce, les jus (à prononcer « du ji »), les étroitures, les photos à la volée, chanter quand il a une belle prise, raconter des histoires illustrées avec la pêche de la journée, et partager.

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Jeff n’aime pas : que l’on lâche son flash dans l’eau d’une grotte, tomber en panne de batteries pour son appareil, quand les gens disent que ça cut sans vérifier (à bien y regarder, il est impossible de trouver une photo de Jeff mécontent) .

Pour sa passion de l’image, l’Homme est exigeant. Passer du temps au sol ou sur la corde, disposer les flashs, se positionner pour la photo, puis rechanger l’emplacement des flashs, les incliner, modifier la pose et finalement… tout recommencer.
Au fur et à mesure de l’expédition, on apprend à identifier les petits signes indicateurs lancés par Jeff : « Youhou » ou « Aaah » (à prononcer en chantonnant d’une voix douce) ne vous exonéreront pas d’un « j’ajuste le cadrage** » ou « une dernière », mais vous savez que vous êtes sur une très bonne voie. Avant ça, il y aura eu les silences de Jeff au moment où il regarde la prise, suivis de « c’est pas mal » qui annonce de multiples modifications. Quand il fredonne un petit air longtemps après avoir rangé ses flashs, c’est qu’il est vraiment satisfait de la journée.

Pour les clichés dérobés, ne pas croire qu’il a simplement suffit à Jeff de tendre sa main – enfin l’appareil – et de presser le bouton. En retrait, il observe tout, choisit son futur angle, règle, continue de marcher l’air de rien, attend de n’être plus observé et dégaine.

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Pour la dernière semaine d’expédition, Pascal, Jeff et Mapie, sont restés à Lescave, au-dessus de Duchity, dans le département de la Grande-Anse (autant vous dire que la moun Jérémie est comblée !). Merassaint accueille ce petit monde de spéléologues et la famille au complet se prend au jeu de chercher des grottes. Les deux premiers jours ont permis de suivre une belle rivière souterraine et de pénétrer des entrées de grottes assez larges, façon Alice au Pays des Phytoconcrétions !

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Surtout, Merassaint est boulanger. Ça tombe bien, parce que la boulange traditionnelle, c’est aussi la passion de Jeff ! C’est donc l’occasion de porter l’art de la photo à la volée à son maximum: ça donne un pain rond qui vole entre les gens, comme ici.

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On ne se retient pas, bien sûr, d’une petite photo de four façon twou-wòch.

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Enfin, Jeff peut enchaîner avec sa deuxième passion: conter ses images.

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Ce qui est génial ici c’est que Jeff montre bien sûr les photos prises dans la journée, mais aussi toutes celles glanées dans les boulangeries françaises, mauritaniennes, sénégalaises etc. Et l’intérêt de la famille face à cela ne diminue pas d’un poil !
Comme on se dit entre-nous: « Jeff a encore frappé ! »

* « Jeff travaille toujours » pour faire des photos.
** Il est sympa Jeff, il ne nous demande pas de porter un trépied en plus du matériel de quincaille propre à l’activité souterraine !

De l’eau pour tous les jours à Formon

Les élèves de la classe de CM1 de Madame Rodrigues étudient depuis la rentrée le cycle de l’eau urbaine. Au cours de leur aventure, les coéquipiers d’Anba Macaya cherchent à atteindre la résurgence par l’intérieur, en suivant le parcours de l’eau. Cet article présente aux élèves comment l’eau parvient aux habitants du Parc Macaya, et quels sont les enjeux liés à son transport et son stockage.

Où trouve-t-on l’eau ?
Dans le Parc de Macaya, l’eau ne sort pas du robinet, comme nous en avons l’habitude à la maison, chez nous en France, dans la cuisine, les toilettes ou la salle de bains.
Les Haïtiens, en particulier dans les campagnes et les mornes, c’est à dire les montagnes, doivent parfois marcher sur de longues distances pour atteindre une source, et pouvoir ramener chez eux l’eau nécessaire à la cuisson des aliments, pour laver la vaisselle ou simplement pour boire. Nous rencontrons fréquemment dans nos randonnés pour trouver les grottes, des adultes ou des enfants avec un bidon d’eau à la main ou sur la tête, comme les choses sont traditionnellement transportées ici.

Les réseaux de canalisation de l’eau ne sont pas répandus partout dans le pays. Ils impliquent des travaux qui prennent du temps et qui sont coûteux. Cependant, à Formon, la petite communauté de montagne où l’équipe a installé son camp de base, un réseau de canalisation existe. Le réseau est constitué d’un captage, d’un petit réservoir qui permet la chloration et de robinets communautaires appelés Bornes-Fontaines. En fin de parcours, des bornes fontaines sont mises à la disposition des familles, à quatre endroits différents près des principaux chemins qui parcourent le village.

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Des bacs de récupération de l’eau de pluie qui ruisselle sur les toits sont parfois installés chez les familles les plus aisées. La pratique n’est pas généralisée, et la saisonnalité des pluies permet juste un accès périodique à cette ressource en eau à domicile. En effet, c’est seulement au cours de la saison des pluies, pendant la période cyclonique, que ce système de récupération de l’eau est utile, soit de Juillet à Décembre.

Comment l’eau est-elle conservée ?
Dans les maisons, des grands tonneaux de plastique noir, des drums sont placés, en général dans la salle de bains.

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L’eau récupérée à la borne est versée dedans, et l’on y puise selon les besoins pour les différents usages à la maison. Ce sont la taille des drums ainsi que l’utilisation de l’eau qui déterminent le nombre de voyages quotidiens vers la borne. L’eau de la borne est traitée pour éviter la propagation du choléra. Cette maladie est présente dans le pays depuis 2010.

Les bidons utilisés pour le transport de l’eau, ainsi que la manière dont elle est stockée parfois pendant plusieurs jours peut faciliter la prolifération de bactéries, germes ou parasites. Les membres de l’équipe ont donc choisi de donner un traitement supplémentaire à l’eau, pour s’assurer de son innocuité sur leur santé.
Nous avons installé un système de filtration céramique qui permet un niveau de filtration de l’ordre de 0,2 microns.

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Il est composé de deux cartouches que nous plaçons au fond d’un bidon plastique. Un fois le bidon rempli, nous aspirons l’air des deux tuyaux de perfusion pour faire monter l’eau dans ceux-ci et lui permettre de couler, une fois filtrée, dans le gros bidon Cullighan qui est placé dessous. C’est un peu comme notre château d’eau, et les tuyaux de perfusion fonctionnent comme des tuyaux de canalisation. Nous stockons l’eau une fois filtrée dans un second Cullinghan propre dont nous couvrons l’ouverture. C’est notre source, à laquelle nous remplissons nos bouteilles individuelles et nos gourdes.

Anecdote : hier soir dans le drum, nous avons sauvé de la noyade un lézard qui avait fait un saut impromptu dans le tonneau.

L’eau chaude…

Ici pour avoir de l’eau chaude pour la douche, nous avons décidé d’utiliser des vaches à eau. Ce sont des sacs faits dans une matière plastifiée de couleur noire qui nous permet, lorsqu’on les place au soleil, d’attirer le soleil et de chauffer l’eau à l’intérieur. Chaque vache à eau contient environ 8 litres d’eau. Cela est suffisant pour la douche de 2 personnes.

Le traitement des eaux usées
A Formon, il n’existe pas de station d’épuration pour les eaux usées. L’eau de la vaisselle, de la douche, ou de la lessive est envoyée directement sur le terrain autour de la maison. Ici, peu de produits chimiques sont utilisés pour nettoyer les sols par exemple. L’eau est absorbée assez rapidement, et les éléments tels que l’azote ou les phosphates présents dans les eaux usées servent également à la croissance des plantes présentes sur le terrain.

Et les toilettes ?
Ici on ne peut pas oublier de tirer la chasse d’eau… Car il n’y en a pas !
Ce qui constitue les toilettes à notre camp de base, c’est un simple trou creusé dans le sol, d’environ 2 mètres de profondeur, et qui se continue en surface par un tuyau de fer d’une trentaine de centimètres de hauteur et une vingtaine de centimètres de diamètre. Un siège sur lequel on évite de s’asseoir. Le tout est protégé de la pluie par un toit de tôle, et un muret surplombé par une bâche de toile entoure le tout, afin de donner au lieu une certaine discrétion.
Les déjections tombent directement au fond du trou, et avec la chaleur, elles se décomposent rapidement. Quelle économie d’eau potable !

Stéphanie Jagou

Mwen renmen antre andan twou-wòch ! Anpil !! *

Petit rappel : c’est le pays qui a fait l’activité. La spéléologie, je n’en avais jamais fait. Une attirance pour le souterrain ? Moyen. Les joies de l’obscurité totale ? Inconnues. Une envie de première ? Un truc de « Blanc » ça.

Une expé qui se monte pourtant.

En 2009, je suis arrivée pour travailler sur un projet d’eau potable en zone rurale. A Pestel, il s’agissait de protéger de l’entrée d’eau de mer une source d’eau douce… peut-être une résurgence de cette rivière Glace qui disparaît quelque part entre les départements du Sud et de la Grande-Anse. Bienvenue en milieu karstique.
C’est avec ces éléments en tête que le choix s’est tourné vers la spéléologie. Une activité qui draine de nombreux a priori ; pour l’expédition, je n’en avais qu’un : il s’agira de randonner !

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Jusque là, j’avais tout bon !

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Pour pénétrer l’intérieur du massif, il faut passer du temps à l’extérieur. Parcourir du morne, crapahuter dans du lapiaz, se faufiler dessus-dessous les lianes, s’arrêter pour observer une mygale, questionner les paysans, se jeter dans un cours d’eau, se protéger tour à tour du soleil et de la pluie, glisser sur la boue des chemins, rigoler avec les haïtiens : tout y est.

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Et plus encore dans ce pays en-dehors.

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La semaine « Autonomie sur corde pour apprentis » dans le Vercors n’avait pas éveillé un sursaut d’intérêt pour l’activité en soi. L’expédition cependant, c’est autre chose. Elle est constituée de ce subtil mélange de clair-obscur qui vous donne une véritable envie de grottes.

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Il s’agit maintenant de pouvoir équiper un puits seule: la formation est accélérée, la tête tricote du nœud dans le sommeil, l’apprentissage est validé après quelques soirées passées autour de barreaux de chaise et de dyneema. On imagine des configurations : lapiaz ou pye-bwa*, amarrage et déviation, ça redouble de questions.
La journée mise en pratique se déroule le lendemain : c’est avec un plaisir à peine dissimulé que je réalise mon premier amarrage sans quincaillerie. Un beau tisserand tricoté avec la dyneema sur le nœud de chaise double de la corde de progression ! Finis les mousquetons trop lourds, on change de commerce !

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L’autonomie est poussée jusqu’au bout le jour suivant ; le sherpa rempli d’une corde de 30m, je passe la journée avec quelques haïtiens à la recherche de trous. Il y en a un surtout qui semble donner : le fond n’est pas bien visible, la roche lancée met plusieurs secondes avant d’arrêter sa course, son impact sur le sol résonne bien… J’ai très envie d’y aller !
Je vois bien que la déviation que je mets en place pour éviter le frottement de la corde sur le lapiaz n’est pas efficace… j’ai un peu peur. Les haïtiens avec moi me conseillent de revenir avec les autres, mais je n’ai pas envie de les attendre.
Celui qui m’a indiqué ce puits comprend ; il me regarde et sourit : « Tu veux y aller en premier, hein ? ».
L’universalité de ce sentiment avait quelque chose de rassurant à ce moment.
Oui, je voulais y aller en premier, voir ce qui se cachait dessous avant les autres, n’importe quel autre.
Non, je ne sentais pas mes amarrages suffisamment solides ; j’attendrais donc pour y retourner.
J’en descends d’autres, plus petits. Celui-là attendra demain.

Mais j’y vais quand même en premier !

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Au final, il s’agira d’un puits à deux niveaux, avec un intermédiaire plutôt fuyant ; le tout fera seulement 35m de profondeur. Une salle en-bas avec quelques concrétions, aucune continuation. Peu importe, j’ai compris que la première, c’était excitant.

Alors maintenant que la spéléo-rando fait partie de mon quotidien le temps d’une expé, on continue de pousser la compréhension des nœuds/amarrages/risques/plongée pour aller plus loin. Un amarrage foré a même contribué à l’excitation de toute une journée ! Imaginez que vous percez deux trous dans la roche et qu’au lieu d’y placer des goujons et des plaquettes (souvenez-vous, l’ultimate est atteint quand on ferme le magasin de quincaille et ferraille), vous enfilez votre dyneema sur les deux lames de la paroi que vous tissez ensuite sur chacune des boucles de votre nœud-fusion (pas de chaise-double pour le Y). Je vous assure qu’au moment où vous êtes longés à cet amarrage, vous marquez un temps d’arrêt. A regarder les quelques centimètres à peine qui constituent l’épaisseur minérale qui vous soutient à ce moment-là, vous souriez et vous ne pouvez pas vous empêcher de penser que c’est beau !

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* J’aime la spéléo ! Beaucoup !!
** Arbre

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Chacun cherche son twou !

L’exploration de grottes en Haïti par une équipe de spéléologues français n’est pas une activité anodine.
Il est attendu des habitants que nous expliquions notre activité, comme il est attendu d’eux qu’ils nous indiquent les entrées de grotte.

Replaçons-nous dans le contexte :

-une langue, le créole. Une langue dans laquelle le mot grotte, qui se prononce, ne signifie pas la définition qu’on lui prête en français. Nous nous arrêtons sur les termes twou-wòch ou twou-in ki fon, ampil. Ça doit normalement déboucher sur de la grotte intéressante du point de vue spéléologique.

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-une approche de l’activité différente : la spéléologie, évidemment, ça ne se fait pas trop. Les quelques expériences vécues par les habitants de Formon relève de l’accident : une vache est tombée dans un trou, ils ont sorti les échelles pour aller la chercher, ça continuait plus loin, mais là… ils n’y sont pas allés, voire même, ils l’ont bouchés.

-un ordre des choses à respecter : l’institution qui coiffe la gestion des grottes est le Bureau National d’Ethnologie, qui nous a délivré une autorisation de prospection pour un nombre limité de communes. Une fois sur le terrain, cette autorisation ne suffit pas. Il s’agit ensuite de rencontrer : les autorités territoriales locales ou CASEC, les responsables d’organisations locales, les propriétaires des terrains etc.

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A Formon, nous sommes éloignés de la commune de Chantal à laquelle la section est rattachée, alors les rencontres qui se sont déroulés en bas du morne, sont à recommencer une fois sur le plateau, puis pour l’ensemble des quartiers situés plus haut.

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Une fois ces 1300m. de dénivelés d’explication passés, les réactions varient. Dans l’ensemble, chacun se met à chercher son trou dans son terrain pour nous le montrer. Après plus de dix jours d’expédition, près d’une quarantaine de trous ont été visités : aucun d’entre eux ne nous permet de pénétrer ce plateau jusqu’à présent, mais nous sommes patients. La résurgence repérée, Tèt l’Acule, est bien là, et son débit est impressionnant.

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From dusk till dawn.

Voilà, c’est le départ. Sous l’œil rassurant d’une lune charnue, le chargement du véhicule a commencé dès 5h ce matin. Plus de 170 kg de matériel serrés contre la génératrice, les bidons d’essence, les vivres et les essentiels bidons d’eau bien sur, les Culligans dans lesquels ce soir déjà nous avons installé notre système de filtration maison.

Le pick-up chargé de 5 membres de l’équipe démarre dans les rues de Port-au-Prince qui lentement s’éveillent. Nous croisons la Madame pressée, proprette dans son uniforme de femme de ménage ainsi que les marchands de plantain qui attendent auprès de leur lourd chargement que leur transport arrive pour les mener au marché. Et un improbable sportif, un expatrié sans doute, qui s’aventure sans lumière – littéralement – en VTT dans les rues de la capitale ou la circulation est heureusement encore calme (et donc relativement sécuritaire…).

« Carrefour », une commune à la périphérie de la capitale, vibre déjà d’une activité étonnante. Les klaxons des camions alourdis, des tap-taps chargés et des motos pressées déchirent l’air matinal tandis que leurs roues fatiguées prennent un bain inopiné dans le lac qui s’est spontanément formé pendant la nuit dans le rein creux de la rue. Ici, point de bonne odeur de terre mouillée après la pluie. Nous attendrons d’être à Formon pour déboucher nos narines.

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Nous embarquons en chemin le chauffeur qui ramène notre carrosse ce soir. Pas rassuré le bonhomme. Parce qu’après la belle route qui nous mène de Port-au-Prince aux Cayes en à peine 3h, il reste quand même 3 heures supplémentaires de piste étroite, aux tournants aigus et au revêtement caillouteux à souhait. La pâleur de notre chauffeur s’accroit à mesure que les grosses roches percutent et roulent bruyamment sous le bas de caisse.

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Pouchon, c’est son nom, essaie de se rassurer auprès du garde forestier que nous avons embarqué en lisière du Parc. « A la descente, dites-moi, c’est aussi compliqué ? » grimace-t-il. C’est sur que c’est une conduite plus risquée que celle qui consiste à simplement éviter les « gendarmes couchés », ces dos d’âne qui fleurissent spontanément sur la chaussée, et sont censés ralentir le trafic à l’abord des villages. « Olivier, c’est lui l’Haïtien » décrète-t-il, impressionné par sa maîtrise du véhicule.

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Cinq dans la cabine, 3 assis sur le tas de sacs à l’arrière, cahin-caha nous montons à travers dolines et forêts de pierres, paysage karstique de rêve pour les spéléologues aux aguets. En chemin nous croisons des femmes traditionnellement vêtues, fichu bleu sur la tête, robe blanche à volants, mais aussi des travailleurs, machette à la hanche et démarche décidée, et des enfants tout occupés à leur première corvée d’eau de la journée. Les sourires à notre encontre se multiplient en chemin, tout comme les regards ébahis devant ce spectacle, s’il n’est grotesque, à tout le moins surprenant, de Blancs au volant et assis à califourchon en arrière, et d’Haïtiens assis en dedans comme des dignitaires.

Les trois derniers membres de l’équipe que nous avons récupérés à l’aéroport hier, Matthieu, Pascal et Jeff, se régalent de ce trajet haut en couleurs, odeurs et soubresauts, oubliant leur fatigue de la veille et le décalage horreur. Alternance de conversations nourries et de longs silences contemplatifs à l’arrière du pick up avec Marie Pierre que nous avons récupérée aux Cayes. C’est grâce à elle, sa connaissance de la région et de la langue créole haïtienne ainsi que son sourire communicatif que nous pouvons débuter l’expédition en toute sérénité.

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Notre arrivée à Formon fait l’objet de vives négociations pour le transport des sacs, qui est ici un « sport » égalitaire : qui sera le chanceux ou la chanceuse qui pourra porter ce sac vert de 30 kgs, ou la génératrice (15kg sur le crâne juste comme ça, oui Monsieur) voire 2 ou 3 sacs en même temps, allez, pourquoi pas ! Plus que 20mn de marche dans la verdure de notre voisinage que nous découvrons avec plaisir, sur des sentiers terre de sienne dans ce décor tropical piqueté de fleurs blanches et rouges. Enfin ! nos bagages sont posés.

C’est ici chez nous !

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L’installation peut commencer… je vous dirai juste pour l’instant qu’elle a impliqué pas mal de mamba, de zabocas et de ce liquide local divin qui nous réchauffe le corps et le cœur : le rhum haïtien. Pendaison de crémaillère haïtienne!

Stéphanie Jagou

Les exercices de l’été ! Entraînez-vous avec nous !

Le premier exercice est idéal pour la plage, et peut se pratiquer en famille : allongé sur la bande de sable humide, vous avancez grâce à vos coudes, en laissant traîner vos jambes derrière. Les enfants l’adorent, et en se mettant sur votre dos, ils constituent un poids supplémentaire qui améliorera votre coudée durablement !

Le second, plus urbain, est parfait pour tous les gens qui ne quitteront pas la chaleur des villes en haute saison. Oubliez l’ascenseur, tombez amoureux de vos escaliers, et grimpez-les deux par deux. Avec cet exercice tout simple, vous deviendrez le roi de la remontée sur corde !