Archives pour la catégorie Le journal

Mise à jour des explorations de terrain en cours d’expédition

Déambulation en terre haïtienne

L’association «L’arbre et la pierre » s’intéresse à tout ce qui va contribuer à « former l’esprit ». Elle propose des sorties sur le terrain pour découvrir le riche patrimoine de la région du Quercy tous les domaines. Eclectique et curieuse, cette association organise tous les ans une conférence sur un sujet qui passionne un de ses adhérents et membre de l’expédition Anba Macaya, verticales souterraines : Jean-François Fabriol, qui réside dans le Lot.

En lisant les articles du blog, vous avez certainement compris que Jean-François est photographe, qu’il a beaucoup d’images et qu’il aime les commenter.

« J’ai suggéré de raconter ce que j’ai vu en Haïti au cours de mes 4 séjours dans ce pays mal connu, que j’ai arpenté à la recherche de « twou woch *»  » mentionne Jean-François.

« J’ai devant moi une semaine et plusieurs milliers de photos pour préparer cette conférence photographique dont voici l’affiche. »

Déambulation en terre haïtienne, une conférence par Jean-François Fabriol

Déambulation en terre haïtienne, une conférence par Jean-François Fabriol

*trou roche, c’est-à-dire grotte en créole

Jeff ap frape ankò !* Comme dit Merassaint.

Jeff c’est le photographe ; sur le terrain, son appareil est un appendice greffé à sa main.

Jeff aime : le thé douce, les jus (à prononcer « du ji »), les étroitures, les photos à la volée, chanter quand il a une belle prise, raconter des histoires illustrées avec la pêche de la journée, et partager.

JFFsoireeFormon-IMG_0905-PO-m

Jeff n’aime pas : que l’on lâche son flash dans l’eau d’une grotte, tomber en panne de batteries pour son appareil, quand les gens disent que ça cut sans vérifier (à bien y regarder, il est impossible de trouver une photo de Jeff mécontent) .

Pour sa passion de l’image, l’Homme est exigeant. Passer du temps au sol ou sur la corde, disposer les flashs, se positionner pour la photo, puis rechanger l’emplacement des flashs, les incliner, modifier la pose et finalement… tout recommencer.
Au fur et à mesure de l’expédition, on apprend à identifier les petits signes indicateurs lancés par Jeff : « Youhou » ou « Aaah » (à prononcer en chantonnant d’une voix douce) ne vous exonéreront pas d’un « j’ajuste le cadrage** » ou « une dernière », mais vous savez que vous êtes sur une très bonne voie. Avant ça, il y aura eu les silences de Jeff au moment où il regarde la prise, suivis de « c’est pas mal » qui annonce de multiples modifications. Quand il fredonne un petit air longtemps après avoir rangé ses flashs, c’est qu’il est vraiment satisfait de la journée.

Pour les clichés dérobés, ne pas croire qu’il a simplement suffit à Jeff de tendre sa main – enfin l’appareil – et de presser le bouton. En retrait, il observe tout, choisit son futur angle, règle, continue de marcher l’air de rien, attend de n’être plus observé et dégaine.

JFFphotoBoulangerie-OT254907-PO-m

Pour la dernière semaine d’expédition, Pascal, Jeff et Mapie, sont restés à Lescave, au-dessus de Duchity, dans le département de la Grande-Anse (autant vous dire que la moun Jérémie est comblée !). Merassaint accueille ce petit monde de spéléologues et la famille au complet se prend au jeu de chercher des grottes. Les deux premiers jours ont permis de suivre une belle rivière souterraine et de pénétrer des entrées de grottes assez larges, façon Alice au Pays des Phytoconcrétions !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Surtout, Merassaint est boulanger. Ça tombe bien, parce que la boulange traditionnelle, c’est aussi la passion de Jeff ! C’est donc l’occasion de porter l’art de la photo à la volée à son maximum: ça donne un pain rond qui vole entre les gens, comme ici.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

On ne se retient pas, bien sûr, d’une petite photo de four façon twou-wòch.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Enfin, Jeff peut enchaîner avec sa deuxième passion: conter ses images.

JFFetFamilleMerassaint-OT254927-PO-m

Ce qui est génial ici c’est que Jeff montre bien sûr les photos prises dans la journée, mais aussi toutes celles glanées dans les boulangeries françaises, mauritaniennes, sénégalaises etc. Et l’intérêt de la famille face à cela ne diminue pas d’un poil !
Comme on se dit entre-nous: « Jeff a encore frappé ! »

* « Jeff travaille toujours » pour faire des photos.
** Il est sympa Jeff, il ne nous demande pas de porter un trépied en plus du matériel de quincaille propre à l’activité souterraine !

Communiqué de presse de fin d’expédition

Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous…

Ils se sont cassés les dents sur le lapiaz, mais ils ont découvert un majestueux canyon.

De retour de l’expédition, les membres de l’équipe partagent leurs découvertes. Douloureuses démangeaisons, foulures et autres menues blessures sont reléguées au rang des souvenirs. Reste la performance sportive, en seulement 6 semaines, de la découverte d’une centaine de gouffres. Et le récit en images d’une épopée humaine dans les entrailles de la Terre.

Communiqué de fin d’expédition Anba Macaya

Photos libres de droit pour illustrer un article lié à l’expédition. Nous contacter pour toute autre utilisation.

Matthieu Thomas découvre le canyon de la Ravine Casse-cou. Photo: Jean-François Fabriol

Matthieu Thomas découvre le canyon de la Ravine Casse-cou. Photo: Jean-François Fabriol

tet-lacul-OT174207-ot-s

La résurgence Tèt L’acul- Photo: Olivier Testa

gouffre-perdu-OT282744-ot-s

Pascal Orchampt découvre le gouffre Perdu, un aven borgne de 30 m de profondeur – Photo: Olivier Testa

reunion-ssbois-P9250054-jff-m

Rencontre avec les habitants de Sous-Bois – Photo: Jean-François Fabriol

Photos à l’appui, Marie-Pierre Lalaude Labayle présente aux habitants réunis les objectifs de l’expédition dans les grottes de la région.

 

Une épopée spéléo en Haïti à suivre sur Futura Sciences

Futura Sciences suit l’expédition sur son site www.futura-sciences.com

Retrouvez sur notre blog les articles publiés.

Les premières conclusions de l’expédition

Les spéléologues de l’expédition Anba Macaya ont quitté Haïti et le massif karstique qu’ils ont parcouru dans les trois dimensions pour en découvrir le réseau de grottes et de cours d’eau souterrain. Bilan : 95 gouffres explorés, trois rivières souterraines et des résurgences inconnues. Un regret : les spéléologues n’ont pas découvert la grande rivière espérée. En contact avec Futura-Sciences, les membres de l’équipe vous ont fait vivre leur aventure.

gouffre-perdu-OT282744-ot-s

Pascal Orchampt découvre le gouffre Perdu, un aven borgne de 30 m de profondeur – Photo: Olivier Testa

Les spéléologues dans les verticales souterraines

Les avancées de l’exploration après 4 semaines sur le terrain.

SOUBWA_P9270273_JEFF_M

Les secrets des grottes Haitiennes

Matthieu Thomas, géologue, nous explique la structure de ce grand massif karstique que l’érosion a trépané, arasant la partie supérieure et découvrant ainsi de profondes cavités creusées dans le calcaire par les eaux souterraines. A visionner ici: http://www.futura-sciences.com/magazines/terre/infos/actu/d/geologie-exclu-video-anba-macaya2-secrets-grottes-haitiennes-49430/

211-(19)

Une épopée spéléo en Haiti

Durant six semaines, l’équipe de l’expédition intitulée « Anba Macaya, verticales souterraines », va explorer un réseau inconnu de grottes et de rivières souterraines en Haïti. L’enjeu est géologique, géographique, économique et humain, dans une région peu explorée, riche d’une forêt primaire d’altitude.

TROUZONZON_P9270324_SJ_M

De l’eau pour tous les jours à Formon

Les élèves de la classe de CM1 de Madame Rodrigues étudient depuis la rentrée le cycle de l’eau urbaine. Au cours de leur aventure, les coéquipiers d’Anba Macaya cherchent à atteindre la résurgence par l’intérieur, en suivant le parcours de l’eau. Cet article présente aux élèves comment l’eau parvient aux habitants du Parc Macaya, et quels sont les enjeux liés à son transport et son stockage.

Où trouve-t-on l’eau ?
Dans le Parc de Macaya, l’eau ne sort pas du robinet, comme nous en avons l’habitude à la maison, chez nous en France, dans la cuisine, les toilettes ou la salle de bains.
Les Haïtiens, en particulier dans les campagnes et les mornes, c’est à dire les montagnes, doivent parfois marcher sur de longues distances pour atteindre une source, et pouvoir ramener chez eux l’eau nécessaire à la cuisson des aliments, pour laver la vaisselle ou simplement pour boire. Nous rencontrons fréquemment dans nos randonnés pour trouver les grottes, des adultes ou des enfants avec un bidon d’eau à la main ou sur la tête, comme les choses sont traditionnellement transportées ici.

Les réseaux de canalisation de l’eau ne sont pas répandus partout dans le pays. Ils impliquent des travaux qui prennent du temps et qui sont coûteux. Cependant, à Formon, la petite communauté de montagne où l’équipe a installé son camp de base, un réseau de canalisation existe. Le réseau est constitué d’un captage, d’un petit réservoir qui permet la chloration et de robinets communautaires appelés Bornes-Fontaines. En fin de parcours, des bornes fontaines sont mises à la disposition des familles, à quatre endroits différents près des principaux chemins qui parcourent le village.

bornefontaine-OT043050-sj-m

reservoir-PA180294-jff-m

Des bacs de récupération de l’eau de pluie qui ruisselle sur les toits sont parfois installés chez les familles les plus aisées. La pratique n’est pas généralisée, et la saisonnalité des pluies permet juste un accès périodique à cette ressource en eau à domicile. En effet, c’est seulement au cours de la saison des pluies, pendant la période cyclonique, que ce système de récupération de l’eau est utile, soit de Juillet à Décembre.

Comment l’eau est-elle conservée ?
Dans les maisons, des grands tonneaux de plastique noir, des drums sont placés, en général dans la salle de bains.

sdb-P9250081-jff-m

L’eau récupérée à la borne est versée dedans, et l’on y puise selon les besoins pour les différents usages à la maison. Ce sont la taille des drums ainsi que l’utilisation de l’eau qui déterminent le nombre de voyages quotidiens vers la borne. L’eau de la borne est traitée pour éviter la propagation du choléra. Cette maladie est présente dans le pays depuis 2010.

Les bidons utilisés pour le transport de l’eau, ainsi que la manière dont elle est stockée parfois pendant plusieurs jours peut faciliter la prolifération de bactéries, germes ou parasites. Les membres de l’équipe ont donc choisi de donner un traitement supplémentaire à l’eau, pour s’assurer de son innocuité sur leur santé.
Nous avons installé un système de filtration céramique qui permet un niveau de filtration de l’ordre de 0,2 microns.

filtration-PA050267-jff-m

Il est composé de deux cartouches que nous plaçons au fond d’un bidon plastique. Un fois le bidon rempli, nous aspirons l’air des deux tuyaux de perfusion pour faire monter l’eau dans ceux-ci et lui permettre de couler, une fois filtrée, dans le gros bidon Cullighan qui est placé dessous. C’est un peu comme notre château d’eau, et les tuyaux de perfusion fonctionnent comme des tuyaux de canalisation. Nous stockons l’eau une fois filtrée dans un second Cullinghan propre dont nous couvrons l’ouverture. C’est notre source, à laquelle nous remplissons nos bouteilles individuelles et nos gourdes.

Anecdote : hier soir dans le drum, nous avons sauvé de la noyade un lézard qui avait fait un saut impromptu dans le tonneau.

L’eau chaude…

Ici pour avoir de l’eau chaude pour la douche, nous avons décidé d’utiliser des vaches à eau. Ce sont des sacs faits dans une matière plastifiée de couleur noire qui nous permet, lorsqu’on les place au soleil, d’attirer le soleil et de chauffer l’eau à l’intérieur. Chaque vache à eau contient environ 8 litres d’eau. Cela est suffisant pour la douche de 2 personnes.

Le traitement des eaux usées
A Formon, il n’existe pas de station d’épuration pour les eaux usées. L’eau de la vaisselle, de la douche, ou de la lessive est envoyée directement sur le terrain autour de la maison. Ici, peu de produits chimiques sont utilisés pour nettoyer les sols par exemple. L’eau est absorbée assez rapidement, et les éléments tels que l’azote ou les phosphates présents dans les eaux usées servent également à la croissance des plantes présentes sur le terrain.

Et les toilettes ?
Ici on ne peut pas oublier de tirer la chasse d’eau… Car il n’y en a pas !
Ce qui constitue les toilettes à notre camp de base, c’est un simple trou creusé dans le sol, d’environ 2 mètres de profondeur, et qui se continue en surface par un tuyau de fer d’une trentaine de centimètres de hauteur et une vingtaine de centimètres de diamètre. Un siège sur lequel on évite de s’asseoir. Le tout est protégé de la pluie par un toit de tôle, et un muret surplombé par une bâche de toile entoure le tout, afin de donner au lieu une certaine discrétion.
Les déjections tombent directement au fond du trou, et avec la chaleur, elles se décomposent rapidement. Quelle économie d’eau potable !

Stéphanie Jagou

La ravine Casse Cou

Nous faisons équipe Matthieu et moi pour aller explorer le canyon de la ravine Casse Cou.

La marche pour accéder au canyon depuis Formon n’est pas désagréable, tout en descente, ou presque… Le chemin est bien marqué, et hormis nos égarement du début pour choisir le bon vallon, il n’y a pas lieu de se perdre.

Il fait déjà chaud, mais notre rythme tranquille nous permet d’avancer sans souffrir de la transpiration déjà élevée à 8 h du matin et de profiter de ce paysage du bout du monde.

Nous atteignons le canyon en une heure et demie environ. La première pause permet de prendre des photos tandis que Matthieu commence le relevé topographique.

Il faut dire que lors de notre première exploration du canyon il y a quelques jours, j’avais commencé une couverture photographique des lieux, mais une fausse manoeuvre inattendue t inexpliquée a fait disparaître les clichés. C’est un peu la raison pour laquelle j’avais proposé à Matthieu de venir explorer le canyon avant son retour en France.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Photographie de Jean-François FABRIOL

Le premier ressaut de presque 20 mètres m’inspire et je donne un flash à Matthieu qui installe la corde sur les amarages et descend à l’étage inférieur.

L’eau a creusé des formes spectaculaires. Le canyon sombre est une galerie à ciel ouvert lointain car c’est un cheminement au milieu des galets, des laisses d’eau et des rochers, large de 5 à 10 mètres avec une hauteur pouvant atteindre 70 mètres.

Nous progressons ainsi de plusieurs centaines de mètres au rythme de la topographie et de la photographie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le soleil ne peut descendre aussi bas…
Photographie de Jean-François FABRIOL

Un second ressaut de 7 à 8 mètre nécéssite une corde. Matthieu fait jouer le perfo. J4en profite pur faire quelques images techniques sur le planté de gougeon et le relevé topographique. Nous descendons le ressaut et nous voici en première ! Probablement personne avant nous n’a jamais foulé ce lit de rivière nommé Casse Cou.

Nous savourons ces moments si particuliers que seuls les spéléologues connaissent : découvrir et explorer cette « terra incognita » où « la main de l’homme n’a jamais mis le pied » !

nous apprécions d’autant plus que la progression est facile et superbe.

Mais ce fond aujourd’hui à sec, doit se transformer en torrent dangereux lorsque des pluies dilluviennes s’abattent sur les plateaux.

J’essaie de capter en images toute la beauté des lieux, en jouant de la lumière naturelle qui rentre difficilement dans cette profonde gorge, et de mes flashs qui font briller les parois humides.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La ravine est très étroite.
Photographie de Jean-François FABRIOL

Un nouveau ressaut de plusieurs mètres à franchir, puis peu à peu la vallée s’évase et des traces de pas dans le sable indiquent que cet endroit est accéssible par l’aval.

Nous nous posons au soleil pour une petite heure.

Nous partageons un avocat, une orange et un morceau de pain en guise de repas.

Il est peut-être 15 heures. Il faut envisager le retour. Remonter le canyon puis toute la vallée jusqu’à ti-Macaya et enfin revenir à Formon.

On le prend calmement, mais sans trainer. On arrivera d’une traite à l’église de ti-Macaya au pied du sentier abrupt qui mène au plateau. Nous marquons une pause quelques mètres après l’église où raisonnent les chants des paroissiens rassemblés pour un office.

Nous attaquons ce dernier raidillon qui n’en finit pas. Reste une longue marche sur le plateau.

La nuit tombe. Nous arriverons avec les dernières lueurs du jour à « notre maison » après une riche journée et une belle moisson d’images intéressantes.

 

Jean-François Fabriol

Mwen renmen antre andan twou-wòch ! Anpil !! *

Petit rappel : c’est le pays qui a fait l’activité. La spéléologie, je n’en avais jamais fait. Une attirance pour le souterrain ? Moyen. Les joies de l’obscurité totale ? Inconnues. Une envie de première ? Un truc de « Blanc » ça.

Une expé qui se monte pourtant.

En 2009, je suis arrivée pour travailler sur un projet d’eau potable en zone rurale. A Pestel, il s’agissait de protéger de l’entrée d’eau de mer une source d’eau douce… peut-être une résurgence de cette rivière Glace qui disparaît quelque part entre les départements du Sud et de la Grande-Anse. Bienvenue en milieu karstique.
C’est avec ces éléments en tête que le choix s’est tourné vers la spéléologie. Une activité qui draine de nombreux a priori ; pour l’expédition, je n’en avais qu’un : il s’agira de randonner !

JOLIRANDO_PA070208_JEFF_M

SOUBWA_P9270273_JEFF_M

Jusque là, j’avais tout bon !

RANDODODO_PA070056_JEFF_M

Pour pénétrer l’intérieur du massif, il faut passer du temps à l’extérieur. Parcourir du morne, crapahuter dans du lapiaz, se faufiler dessus-dessous les lianes, s’arrêter pour observer une mygale, questionner les paysans, se jeter dans un cours d’eau, se protéger tour à tour du soleil et de la pluie, glisser sur la boue des chemins, rigoler avec les haïtiens : tout y est.

KAFEPALE_PA120607_JEFF_M

BELBAGAY_PA030201_JEFF_M

BAIGNADE_PA070091_JEFF_M

Et plus encore dans ce pays en-dehors.

Armony_P9270268_jeff_M

LEZARD_PA090290_JEFF_M

JOLIRANDO2_PA140785_M

La semaine « Autonomie sur corde pour apprentis » dans le Vercors n’avait pas éveillé un sursaut d’intérêt pour l’activité en soi. L’expédition cependant, c’est autre chose. Elle est constituée de ce subtil mélange de clair-obscur qui vous donne une véritable envie de grottes.

_CLAIR_OBSCUR_PA030136_JEFF_M

Il s’agit maintenant de pouvoir équiper un puits seule: la formation est accélérée, la tête tricote du nœud dans le sommeil, l’apprentissage est validé après quelques soirées passées autour de barreaux de chaise et de dyneema. On imagine des configurations : lapiaz ou pye-bwa*, amarrage et déviation, ça redouble de questions.
La journée mise en pratique se déroule le lendemain : c’est avec un plaisir à peine dissimulé que je réalise mon premier amarrage sans quincaillerie. Un beau tisserand tricoté avec la dyneema sur le nœud de chaise double de la corde de progression ! Finis les mousquetons trop lourds, on change de commerce !

AMARRAGES_PA030162_JEFF_M

MARTEAU_PA060504_JEFF_M

L’autonomie est poussée jusqu’au bout le jour suivant ; le sherpa rempli d’une corde de 30m, je passe la journée avec quelques haïtiens à la recherche de trous. Il y en a un surtout qui semble donner : le fond n’est pas bien visible, la roche lancée met plusieurs secondes avant d’arrêter sa course, son impact sur le sol résonne bien… J’ai très envie d’y aller !
Je vois bien que la déviation que je mets en place pour éviter le frottement de la corde sur le lapiaz n’est pas efficace… j’ai un peu peur. Les haïtiens avec moi me conseillent de revenir avec les autres, mais je n’ai pas envie de les attendre.
Celui qui m’a indiqué ce puits comprend ; il me regarde et sourit : « Tu veux y aller en premier, hein ? ».
L’universalité de ce sentiment avait quelque chose de rassurant à ce moment.
Oui, je voulais y aller en premier, voir ce qui se cachait dessous avant les autres, n’importe quel autre.
Non, je ne sentais pas mes amarrages suffisamment solides ; j’attendrais donc pour y retourner.
J’en descends d’autres, plus petits. Celui-là attendra demain.

Mais j’y vais quand même en premier !

THE_ONE_PA050298_JEFF_M

Au final, il s’agira d’un puits à deux niveaux, avec un intermédiaire plutôt fuyant ; le tout fera seulement 35m de profondeur. Une salle en-bas avec quelques concrétions, aucune continuation. Peu importe, j’ai compris que la première, c’était excitant.

Alors maintenant que la spéléo-rando fait partie de mon quotidien le temps d’une expé, on continue de pousser la compréhension des nœuds/amarrages/risques/plongée pour aller plus loin. Un amarrage foré a même contribué à l’excitation de toute une journée ! Imaginez que vous percez deux trous dans la roche et qu’au lieu d’y placer des goujons et des plaquettes (souvenez-vous, l’ultimate est atteint quand on ferme le magasin de quincaille et ferraille), vous enfilez votre dyneema sur les deux lames de la paroi que vous tissez ensuite sur chacune des boucles de votre nœud-fusion (pas de chaise-double pour le Y). Je vous assure qu’au moment où vous êtes longés à cet amarrage, vous marquez un temps d’arrêt. A regarder les quelques centimètres à peine qui constituent l’épaisseur minérale qui vous soutient à ce moment-là, vous souriez et vous ne pouvez pas vous empêcher de penser que c’est beau !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

* J’aime la spéléo ! Beaucoup !!
** Arbre

MP2L

J’irai « chatter » sur vos tombes

1.8 4.3 3.4 1.2 0.4 650 129 0 0 0 0 …
Non, il ne s’agit pas des chiffres du loto Haïtien, la « Borlette ». Ni des données de topo de grottes.
C’est la vitesse de téléchargement en Kb/s de notre connexion Internet. Laquelle relève vraiment du jeu de hasard.

« Ce matin, la connexion est super bonne, j’étais en 3 G » ou  » Ce soir, c’est pourri, je n’ai même pas été capable de charger mes emails! » sont des phrases régulièrement prononcées au camp de base. Pour être honnête, la seconde phrase revient plus fréquemment…

Il est vrai que perchés en haut sur la montagne, au coeur de notre forêt tropicale, chercher à obtenir une connexion Internet 3G peut paraître incongru.
Mais ce n’est pas toujours facile de laisser derrière nous un Monde ou vivent nos proches et nos relations professionnelles. D’ailleurs, c’est souvent le Monde qui ne nous laisse jamais vraiment partir…

Ici, plus que jamais nous sommes à la merci des éléments, et la pluie complique véritablement les choses: il nous faut marcher 5mn et monter sur un morne voisin afin d’augmenter nos chances de connexion à l’antenne-relais. Pas question pour nous de rester confortablement installés dans notre petite maison verte et jaune, l’ordinateur posé sur la nappe de plastique transparent qui recouvre celle de dentelle blanche bon marché, notre derrière collé au plastique qui recouvre encore partiellement les lourdes chaises au dossier de fer à béton.

Mais quand les Lwas* nous soutiennent, nous pouvons envoyer facilement nos textes, nos photos, nos nouvelles. Et lire les vôtres avec joie. Il est vrai que notre lieu de connexion est au plus proche des esprits… Notre cybercafé est d’un type bien original: il s’agit d’un petit cimetière juché en haut du morne.

tombe-photo1-PA040250-jff-m

Notre table de travail, c’est la tombe la moins délabrée, celle sur laquelle nous pouvons poser l’ordinateur sans peur qu’il tombe dans les débris d’une dalle abîmée par le temps. Celle sur laquelle les ménagères haïtiennes étendent le linge fraîchement lavé pour qu’il sèche au soleil. Celle qui accueille aussi les sessions d’écossage de pois-pays, ces haricots noirs qui accompagnent le traditionnel riz-pois. Celle sur laquelle, selon l’humeur (l’humour?), on peut déceler une sculpture de Napoléon, le glaive tendu à l’assaut sur son cheval, ou…

Cette tombe est le lieu de jeu des enfants, qui s’y amusent à cache-cache. C’est devenu le lieu de spectacle pour ces bouts de chou, lesquels, piqués d’une belle curiosité, viennent voir ce que ces « Blancs » peuvent bien fabriquer avec leur engin électronique. L’appareil de loin le plus techniquement sophistiqué qu’il leur ait été donné de voir à ce jour, peu comparable au téléphone portable ou à la petite radio qui quitte rarement l’oreille de certains. Les sourires s’élargissent à mesure que la timidité s’amenuise, et spontanément les rires fusent, musicaux.

Point n’est besoin ici de fleurir les tombes. Les fleurs abondent partout alentour. Pas question de visite annuelle, ou du recueillement occasionnel. Les tombent sont intégrées au quotidien de tous, font partie du monde des vivants à leur manière. Et accessoirement, elles nous soutiennent dans nos tentatives de connexion vers l’au-delà… des frontières géographiques et matérielles.

Stéphanie Jagou

*Lwas : esprits vodou

Jour de pluie

Au Canada, on appellerait ça un « snow day ». Symbolique journée de tempête de neige quand les routes sont tellement encombrées par ces centimètres de poudreuse accumulée que les écoles ferment.  Un « snow day », c’est un jour de plaisir dans l’or blanc, un jour de glissades, de ski, et de batailles de boules de neige. Une journée marquée par les rires, les bottes trempées jetées dans l’entrée et les doigts rougis par le froid que l’on réchauffe autour d’une tasse de chocolat chaud.

Dans notre aventure au Parc Macaya, un jour de pluie tropicale commence presque comme un « snow day ». Entendre le cliquetis régulier des gouttes qui atterrissent sur le toit de tôle de la maison ou qui glissent sur la toile de tente provoque une certaine euphorie, car on sait que l’on a gagné quelques minutes de rab’ de sommeil. Ce matin, le lever sera plutôt à 7h qu’à 6h00, chouette ! Voire, qui sait, on pourra prendre le temps de discuter et plaisanter tranquillement autour d’un café haïtien bien sucré en écoutant ces bruits du quotidien qui deviennent familiers.

La pluie qui coule du toit de notre maison à Macaya

La pluie qui coule du toit de notre maison à Macaya

C’est vrai que la pluie et l’exploration de grottes ne font en général pas bon ménage. Si on veut rester en sécurité dans les gouffres, a fortiori inconnus, on évite les jours de pluie tropicale.  Et puis, les chemins étroits de glaise rouge que nous empruntons au quotidien deviennent vite de terribles patinoires, qui promettent un atterrissage désagréable sur un lapiaz acéré!

Ce dimanche a donc été l’occasion d’une grasse mat’ pénarde pour ceux d’entre nous qui avaient pris un jour de repos. Rien dans ce ciel tristoune matinal et ces quelques gouttes de pluie ne laissait présager la tempête qui s’est ensuite déchainée.  Sous ces tropiques où l’on nous imagine suants, écrasés de chaleur, on nous sert pourtant une soupe chaude. Car quand la pluie ne discontinue pas dans la forêt nébuleuse, à quelques 900 mètres d’altitude, on a froid aux pieds. Alors on rajoute un pull et on stocke quelques calories supplémentaires pour se réchauffer. A 15h, c’est goûter de bananes écrasées au mamba*! Miam miam !!!

Mais quand la pluie bat tellement fort la tôle que le vacarme arrête d’autorité toute discussion ; que sous la tempête qui se déchaîne on découvre de nouveaux trous au toit de tôle,  nous forçant à déplacer plusieurs fois notre table dans la salle à manger pour éviter que les gouttes détrempent livres et ordinateurs, et que le ciel tourne au noir dès le début de l’après-midi, on se sent tout à coup plus proches de nos ancêtres qui croyaient que le ciel allaient leur tomber sur la tête. Les éclairs qui zèbrent le ciel et la foudre que l’on sent tomber tout proche ne sont pas rassurants.

Les rues sont moins fréquentées sous la pluie à Macaya

Les rues sont moins fréquentées sous la pluie à Macaya

Nous, les aventuriers qui poursuivons à longueur de journée l’eau pour découvrir son passage dans les profondeurs de la terre, nous cherchons maintenant à nous en protéger par tous les moyens. Nous voilà fermant portes et fenêtres pour éviter l’entrée intempestive de l’eau qui s’engouffre par vagues dans notre abri, portée par un vent rageur.

Pluie à Macaya en Haïti from Olivier Testa on Vimeo.

Pour notre bailleur, notre cuisinière (et moi-même…) une certaine angoisse croit à mesure que le jour avance. Le reste de l’équipe n’arrive toujours pas. Nous les imaginons trempés de la tête aux pieds, harassés de fatigue avec un programme pour la journée de quelques 30km de marche. Explorateurs chargés de tout leur matériel, avec en guise de provision, un avocat et quelques morceaux de pain. Selon les spéléos avertis, nous n’aurions du nous inquiéter qu’à partir du lendemain matin…

Il pleut il pleut bergère....

Il pleut il pleut bergère….

N’empêche, quand enfin ils sont là, vers 21h, c’est bien soulagés que nous accueillons ces courageux sur lesquels plus un seul centimètre de peau n’est sec. Nous allons vite devoir apprendre à composer avec cet élément naturel. La pluie ne discontinuera pas pendant 2 jours complets.

Stéphanie Jagou

(*succulent et indispensable beurre de cacahuètes haïtien pimenté)